Salle de rédaction
Le Guide des décideur ...
Rapport économique
Future Press
Extreme Study Tour
L’hyperlocal
Groupes d’utilisateurs
Rapport sur la drupa 2008
La Russie : une oppor ...
Une production é ...
Workflow mobile
Moteurs de recherche
Journalisme citoyen
Ressources humaines
Formats de journaux
Design
Qualité
Simple pour les annon ...
GRC
Radio-identification
Élaboration de scénarios
Web 2.0
Impression numérique
Réorganisation de la ...
Nouveaux médias
Workflow
L’Inde en ébullition
Salles d'éxpédition
Image de marque
Automatisation
Agences de presse
Encre & papier
Ifra - Where publishing lives
Envoyer cet article par e-mail Imprimer cet article Augmenter la taille de la police Diminuer la taille de la police

Interview de Serge Nedjar, Matin Plus

Matin Plus a été lancé en France le 6 février 2007.

Matin Plus est le dernier-né des quotidiens gratuits français. Lancé le 6 février 2007, il est diffusé à 350 000 exemplaires en Île-de-France, 600 000 exemplaires en comptant les versions régionales du réseau Ville Plus dont il fait partie. Détenu par Le Monde (30 %) et le groupe Bolloré (70 %), il est publié au format berlinois. Matin Plus paraît cinq jours par semaine et ses 28 pages incluent du contenu produit par sa propre équipe de journalistes, ainsi que des articles de fond fournis par ses partenaires Le Monde et Courrier International.

techniques de presse : Dans la mesure où il existait déjà d’autres gratuits, pourquoi avoir lancé Matin plus ? Et pourquoi avoir choisi de le lancer maintenant ?

Serge Nedjar : Il existe beaucoup de gratuits, mais seulement deux grands gratuits distribués le matin : Metro et 20 Minutes. C’est nous qui avons lancé le premier gratuit du soir, Direct Soir. Nous étions donc déjà présents sur le marché de la presse gratuite quand nous avons eu la chance d’être approchés par Le Monde. Le Monde est une institution, un porte-drapeau de la presse européenne. L’idée d’une association était donc particulièrement tentante.

tdp : Ainsi, l’initiative de cette association revient au Monde ?

Serge Nedjar : Les choses sont toujours plus compliquées que cela avec les grandes sociétés car les contacts se nouent à plusieurs niveaux. C’est un peu comme un couple qui chercherait à savoir qui a fait le premier pas. Les deux parties étaient intéressées par le lancement d’un titre, elles se sont rapprochées et ce titre a été lancé début février.

tdp : Le Monde est un géant de la presse payante, Bolloré s’est fait un nom avec les gratuits. Quel est l’avantage de faire s’unir ces deux forces, et ne règne-t-il pas encore une ombre de suspicion sur les gratuits, accusés de cannibaliser les grands journaux nationaux ?

Serge Nedjar : À mon avis, de moins en moins de gens pensent ainsi. La presse gratuite existe depuis près de cinq ans et elle a fait ses preuves. Ce sont des journaux sérieux, créés par de vrais journalistes, et vous ne pouvez pas parler de cannibalisation, parce que le lectorat cible est composé pour une grande part de tous ceux qui ne lisent pas du tout la presse payante. C’est un marché jeune, entre 15 et 30 ans, qui n’est tout simplement pas familier de l’acte consistant à acheter un journal – ils n’ont pas ce réflexe. C’est la génération Internet, ils sont en premier lieu virtuels et visuels, et par conséquent ils ne vont pas acheter leur journal au kiosque.

tdp : Quelle a été la force directrice à l’origine de la décision du lancement ? Était-ce la volonté de toucher cette tranche démographique insaisissable ?

Serge Nedjar : Je dois souligner que je ne viens pas du Monde, mais il est clair qu’avec Matin Plus, ils ont la possibilité de séduire un marché jeune, ne connaissant pas le journal apparenté. Matin Plus n’est pas comme Le Monde – il est beaucoup plus rapide et facile à lire, mais il peut inciter des lecteurs à la lecture du Monde, qui offre une perspective plus approfondie. Il y a donc de la place pour les deux journaux.

tdp : Comment se traduit cette coopération au quotidien, sur le plan de la fabrication du journal ?

Serge Nedjar : La fabrication du journal s’effectue conjointement. Chaque jour, nous publions quatre ou cinq pages produites par les journalistes du Monde : une ou deux sur l’Île-de-France, une ou deux sur les grands sujets nationaux, et une page d’actualités internationales fournie par Courrier International. Ces opérations sont supervisées par Pascal Galinier, le rédacteur en chef chargé de nos relations avec Le Monde, qui assiste personnellement à toutes nos conférences de rédaction, nous donnant ainsi l’opportunité de travailler en étroite collaboration.

tdp : Et comment fonctionne la coopération avec votre titre du soir, Direct Soir ?

Serge Nedjar : Direct Soir et Matin Plus sont gérés par la même équipe, mais chaque organe possède ses propres journalistes. Les journalistes de Matin Plus ont été recrutés exclusivement pour le titre et les services de production aussi sont distincts, mais globalement, tout le monde relève de la même équipe, par conséquent il existe des possibilités d’échange, qu’il s’agisse de donner un coup de main ici ou là, ou de se partager les secrétaires de rédaction.

tdp : Qu’en est-il des partenariats en matière de production ? Y a-t-il d’autres économies à faire en partageant les ressources ?

Serge Nedjar : Matin Plus est imprimé sur la rotative du Monde à Ivry. Nous bénéficions d’un tarif préférentiel, et comme il s’agit de la rotative qui produit Le Monde, cela nous rassure sur la qualité du produit. Le succès de Matin Plus est le reflet du succès du Monde.

tdp : À propos de succès, il s’agit là d’un marché dans lequel les intervenants établis ont mis des années à rentrer dans leurs frais. L’arrivée de Matin Plus signifie-t-elle que chacun cherche désormais à tirer son épingle du jeu sur un marché qui rétrécit comme peau de chagrin ?

Serge Nedjar : C’est vrai, nous essayons tous de remporter une part du grand gâteau publicitaire. Cela dit, je constate que les annonces de produits de luxe tels que parfums et montres trouvent leur chemin dans le journal, et ce ne sont pas des produits que l’on associe nécessairement à la presse gratuite. Nous nous considérons comme un support de qualité, grâce à la crédibilité dont nous fait bénéficier Le Monde – les noms du Monde et de Courrier International y sont associés pour une grande part, et les annonceurs n’y sont pas indifférents. Nous espérons que dans l’avenir, d’autres grandes marques se tourneront vers les gratuits grâce à nous. Concernant la crise de la publicité, le secteur n’affiche certes aucune croissance, mais en ce qui nous concerne, nous pensons pouvoir enregistrer un bon retour dans quelques années, et actuellement, le groupe [Bolloré] peut se permettre d’attendre. Pour ce qui est des retombées financières, j’imagine que nous pourrons commencer à en bénéficier dans deux/trois ans ou plus.

tdp : Si on laisse de côté les aspects financiers, comment jugez-vous votre succès ?

Serge Nedjar : Actuellement, nous distribuons chaque matin 350 000 exemplaires de notre journal à Paris et mesurons notre succès au nombre d’exemplaires qui n'ont pas été écoulés au bout trois heures. Jusqu’ici, tous les exemplaires sont partis en une heure et demie, tous les jours. Pour le succès financier, il faudra être patient, mais nos premiers succès concernent le nombre de lecteurs de notre journal, et, sur un autre plan, les liens que nous avons noués avec les journalistes du Monde. Sachant que nos collègues ont pu éprouver quelques craintes à notre égard dans les débuts, je pense que nous avons su les rassurer et les séduire suffisamment pour que s’établisse une relation de respect mutuel, et un sentiment de joie et de fierté de travailler ensemble. À mon sens, c’est une immense réussite.

tdp : Et pour l’avenir ?

Serge Nedjar : Le plus important, c’est de savoir offrir au lecteur ce qu’il attend. Il faut être vigilant sur le plan de la qualité et exigeant sur le plan éditorial. Avec Pascal Galinier et Le Monde, nous formons une excellente équipe, et, bien qu’il faille toujours rester humble, je pense que le succès devrait suivre.

Interview menée par Steve Shipside, correspondant de techniques de presse

Page first published: 04.03.2007

Try IFRA Magazine ePaper today!IFRA Directories 2009